Châteauguay, 4 mars 2026 – Il y a un trou béant en plein milieu du Pont de la Sauvagine. Pas une fissure, pas une flaque – un vrai trou, comme si un camion avait décidé de plonger en piqué dans la rivière. La MTQ a fermé une voie, a planté des cônes orange (classique) et a promis que « les travaux commenceront rapidement ». On sait tous ce que « rapidement » signifie au Québec : 2028 au plus tôt.

Mais soyons sérieux une minute. Le Québec n’a tout simplement pas les moyens de réparer correctement ce pont, encore moins de reconstruire quelque chose qui dure. On parle d’un gouvernement déjà débordé : des milliards de dépassements sur le REM et le troisième lien (qui n’est toujours pas construit), des routes qui s’effondrent plus vite qu’elles ne sont pavées, des garderies qui ferment faute de personnel et celles qui restent sous-payées, et des mines vendues à des compagnies étrangères alors que les redevances restent ridiculement basses.

Ils annonceront probablement un « plan de financement innovant » ou un « partenariat public‑privé » pour l’A‑26 ou le prochain numéro de route fantôme qu’ils imaginent. Traduction : plus de dette, plus de contrats pour les copains, et dans dix ans on écrira le même article sur un autre pont qui tombe en ruine. Pendant ce temps, nous vendons nos ressources comme si nous pouvions les faire repousser demain matin.

Lithium, graphite, terres rares – distribués aux multinationales chinoises, australiennes ou américaines à prix d’ami, avec des redevances si petites que les économistes en rient aux éclats. Le jour où nous aurons réellement besoin de ces matériaux pour nos propres batteries ou infrastructures, nous les rachèterons à prix du marché auprès des mêmes entreprises à qui nous les avons donnés. Voilà le génie du Québec en 2026 : un trou dans un pont, un trou dans le budget, un trou dans la souveraineté économique, et des cônes orange pour tout masquer.

Le pire, c’est que nous entendrons à nouveau le même discours : « C’est temporaire, on travaille dur, la résilience des Québécois, blabla ». Non. Ce n’est pas temporaire.

C’est structurel. C’est le résultat d’un système qui préfère vendre l’avenir à prix réduit plutôt que de le construire. Alors, la prochaine fois que vous traverserez un pont au Québec et que vous sentirez la structure trembler, rappelez‑vous : ce n’est pas seulement du béton qui manque.

C’est la colonne vertébrale. Et aucune A‑26, aucun nouveau partenariat avec la Chine, aucun cône orange ne pourra réparer cela. Tabarnak.

Nous méritons mieux. Mais nous continuons à payer pour moins.