Quebec fait face à une pénurie d’infirmières. Ce phénomène est documenté, reconnu publiquement et qualifié de crise par les administrateurs de la santé, les syndicats et les médecins depuis plusieurs années. Ce qui est moins discuté publiquement, c’est la relation précise entre cette pénurie et les conditions de travail que le système de santé québécois a créées et maintenues pendant la même période.

Les chiffres

La pénurie d’infirmières au Québec se compte en dizaines de milliers de postes non pourvus dans le réseau de santé public. Les services d’urgence fonctionnent à 139 % à 174 % de leur capacité prévue. Les infirmières dans ces milieux gèrent des charges de patients qui dépassent les ratios de dotation sécuritaires.

Les heures supplémentaires obligatoires sont documentées et généralisées. L’épuisement professionnel et le départ précoce de la profession en sont les conséquences directes. Le système répond à la pénurie en obligeant les infirmières restantes à travailler davantage.

Ce qui engendre davantage d’épuisement. Ce qui entraîne davantage de départs. Ce qui accentue la pénurie.

Ce qui nécessite encore plus d’heures supplémentaires obligatoires de la part des infirmières qui restent. Ce n’est pas un cycle qui se résout de lui‑-même. C’est un cycle que l’institution n’a pas pu ou n’a pas voulu interrompre.

Ce que les infirmières recherchent

Les infirmières québécoises qui quittent le système public ne disparaissent pas. Beaucoup se tournent vers des agences privées, qui les recontractent ensuite auprès des hôpitaux publics qui les ont perdues.

À des tarifs horaires nettement plus élevés. Que le système public paie. Ce qui coûte plus cher que de retenir les infirmières avec des salaires publics compétitifs.

Ce qui signifie que le Québec paie des primes pour des infirmières qu’il a repoussées avec de mauvaises conditions de travail. Les infirmières effectuent le même travail dans les mêmes hôpitaux. Le système qui a créé les conditions les poussant à partir paie maintenant une prime pour les récupérer via un intermédiaire.

Ce n’est pas un échec du marché du travail. C’est un échec d’approvisionnement. Le même schéma institutionnel documenté dans les contrats de transport scolaire du Québec et dans l’industrie du camionnage s’applique ici.

Le système public crée des conditions qui incitent les professionnels qualifiés à se tourner vers des alternatives privées. Ces alternatives facturent une prime. Le système public paie la prime.

Personne dans la chaîne institutionnelle n’est tenu responsable du coût de la décision initiale.

Les conditions de travail à l’origine de tout cela

Une infirmière travaillant dans un service d’urgence à Montréal fonctionnant à 139 % de sa capacité gère plus de patients que le modèle de dotation ne prévoyait. Elle doit poser des évaluations cliniques sous la pression du temps, ce que le modèle initial n’avait pas anticipé. Elle est responsable des résultats pour les patients dans des conditions qui augmentent la probabilité d’erreur.

Elle répète cela sur des équipes souvent prolongées par des heures supplémentaires obligatoires. Les dispositions d’heures supplémentaires obligatoires du Québec pour les infirmières figurent parmi les plus agressives du Canada. La province a le pouvoir légal d’obliger les infirmières à travailler au‑delà de leurs horaires prévus en réponse aux pénuries de personnel.

Ce que les infirmières perçoivent comme une prison qui les punit pour les échecs du système. La corrélation entre ces conditions et le départ du secteur public n’est pas compliquée. Les gens quittent des emplois qui leur nuisent lorsqu’ils ont des alternatives.

Des alternatives existent. Les infirmières partent.

La réponse politique

Les gouvernements du Québec, à travers plusieurs mandats, ont reconnu la pénurie d’infirmières. Des plans ont été annoncés. Des investissements ont été engagés.

Des rapports ont été commandés. Les conditions de travail dans les services d’urgence de Montréal ce soir‑là sont de 139 % à 174 % de la capacité prévue. Les dispositions d’heures supplémentaires obligatoires restent en place.

La prime versée aux agences privées continue d’être payée. L’écart entre ce qui est annoncé et ce qui change constitue la caractéristique spécifique de la réponse institutionnelle du Québec aux problèmes systémiques que cette plateforme a documentés dans plusieurs secteurs.

Le résumé honnête

Le Québec ne perd pas d’infirmières parce que le métier est peu attrayant. Il perd des infirmières parce que les conditions spécifiques qu’il a créées dans son système de santé public poussent les professionnels qualifiés vers des alternatives qui les traitent mieux. La pénurie est réelle.

Les causes sont documentées. Les décisions institutionnelles qui ont engendré ces causes ont été prises par des personnes qui ne font pas d’heures supplémentaires obligatoires dans des services d’urgence surchargés. Les infirmières qui sont parties n’avaient pas tort de partir.

Le système qui a rendu le départ rationnel n’a pas encore été tenu responsable de l’avoir rendu possible. SIIIOCULI — Intelligence. Souveraineté.

Conscience. siiioculi.lilxbrxaker.com