Montréal possède un programme culturel. Les immeubles le long du corridor A‑40 sont recouverts de gigantesques fresques murales. On les voit depuis l’autoroute. Colorées. Expressives. Le type d’art urbain que les touristes photographient et partagent sur Instagram avec des légendes vantant le dynamisme et la créativité de la ville. Ce qui est vrai. Personne ne conteste les fresques. La question porte sur ce qui se trouve de chaque côté d’elles.

Ce que l’on voit depuis l’A‑40

À gauche. Une fresque. La façade entière d’un bâtiment.

Probablement trois étages de haut. Des couleurs dont le coût de production à cette échelle est élevé. Visible pendant plusieurs centaines de mètres d’approche de l’autoroute.

À droite. La chaussée qui a réparé plus de 100 000 nids-de-poule en 2025 et qui, malgré tout, reste parmi les pires du Canada en matière de dommages aux véhicules lourds. Le corridor d’accès au tunnel Lafontaine qui prend 75 minutes à parcourir aux heures de pointe.

Les infrastructures que le vérificateur général a documentées étaient financées à 66 % de leurs besoins d’entretien déclarés pendant des années avant qu’un pont ne s’effondre sur cinq personnes à Laval. La fresque est entretenue. La route en dessous ne l’est pas.

C’est là la politique culturelle du Québec exprimée en béton et en peinture.

La logique précise

Une fresque visible depuis l’A‑40 coûte de l’argent. Quelqu’un a été mandaté. De la peinture a été achetée.

Des échafaudages ont été loués. Le propriétaire du bâtiment a été indemnisé ou convaincu. Le programme culturel qui l’a financée a été budgété et approuvé.

C’est un choix. Pas une donnée. Pas une caractéristique inévitable de la géographie urbaine.

Quelqu’un a décidé qu’une fresque visible depuis l’A‑40 était une priorité digne de financement. En même temps, le vérificateur général du Québec a constaté que l’entretien des ponts était financé à 66 % du besoin déclaré. Le viaduc de la Concorde avait des rapports d’inspection signalant des problèmes structurels pendant 26 ans avant son effondrement.

Les ingénieurs étaient prévus pour lundi. La fresque a reçu son budget. Le pont n’a pas reçu ses ingénieurs.

Le niveau de garantie

Le Québec possède un régime d’assurance automobile sans faute. Lorsque le pont de la Concorde s’est effondré sur cinq personnes, la province l’a classé comme un accident d’autoroute. Les familles ont reçu entre 2 500 $ et 300 000 $.

Aucun recours pour négligence grave n’a été autorisé. Le programme de fresques n’a pas d’équivalent en matière de responsabilité, car les fresques ne tombent pas sur les gens. Ce qui en fait un investissement culturel idéal du point de vue de la responsabilité.

Elles offrent une visibilité positive. Elles génèrent des photos touristiques. Elles signalent créativité et vitalité urbaines.

Elles ne peuvent pas s’effondrer sur les véhicules circulant en dessous. L’inspection d’un pont peut engendrer une responsabilité. La fresque produit du contenu Instagram.

Le Québec a fait le bon choix du point de vue de la gestion des risques institutionnels.

La norme du poutine

La culture québécoise se consigne dans la nourriture, la langue, les fresques, les festivals de jazz et le caractère particulier du Vieux‑Montréal, photographié par des visiteurs qui ne sont pas arrivés par le tunnel Lafontaine. Le poutine figure toujours au menu. La fresque reste sur le bâtiment.

Le festival de jazz se tient chaque été. Le bureau du tourisme continue de produire du contenu sur la scène culturelle vibrante de Montréal. Le service des urgences fonctionne toujours à 174 % de sa capacité.

Les infirmières sont toujours là. Les autobus scolaires ont encore leurs feuilles de route papier. Le tunnel conserve une voie vers la Rive‑Sud.

Les ingénieurs du pont étaient toujours prévus pour lundi. La programmation culturelle se poursuit sans interruption malgré les défaillances opérationnelles qui se produisent en son sein. C’est la spécificité d’une province qui a appris à gérer sa réputation internationale à travers ce qu’elle rend visible et sa responsabilité domestique à travers ce qu’elle classe.

La fresque est visible depuis l’autoroute. Le rapport du vérificateur général est disponible en PDF sur un site gouvernemental. L’un attire plus d’attention que l’autre.

La note honnête

Les fresques ne sont pas le problème. L’art public en ville est légitime. La culture visuelle de Montréal est authentique et mérite d’être célébrée.

Le problème, c’est le ratio. L’investissement en visibilité versus l’investissement en entretien. Le programme culturel qui reçoit des fonds versus l’inspection du pont qui est planifiée pour lundi.

Une ville capable de financer un programme de fresques visible depuis l’A‑40 peut financer les ingénieurs qui inspectent le pont au-dessus de l’A‑40 avant que le béton ne commence à tomber. Le Québec a choisi la fresque. Le poutine reste au menu.

Tout va bien. SIIIOCULI — Intelligence. Sovereignty.

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