Vous avez déjà arpenté les rues de Hochelaga, Verdun, Saint‑Léonard, ou à peu près n’importe quel coin qui ne fait pas partie du « vieux port » de carte postale, et vous vous êtes demandé :
« Pourquoi diable il y a des mouettes partout ? Pas un pigeon touristique en vue au centre‑ville. Des rats blancs hurlants qui déchirent les sacs poubelle dans les rues résidentielles, se battent pour un shawarma à moitié mangé près des voies ferrées, perchés sur les poteaux électriques comme s’ils possédaient le quartier. »
Ces oiseaux sont censés être à la plage. Le Québec n’a pas de plage. Le Québec a des déchets.
Et les mouettes l’ont compris avant vous.
Ce n’est pas le fruit du hasard. C’est la logique d’un écosystème avec des étapes supplémentaires et une bonne dose de sarcasme existentiel.
Les pigeons gèrent le cœur touristique — ramassage poli, à la petite miette, les classiques oiseaux de ville. Mais dès que l’on s’éloigne de deux stations de métro vers l’est ou le nord, la hiérarchie s’inverse : les mouettes prennent le dessus. Plus grosses, plus méchantes, plus bruyantes.
Elles crient comme si votre existence les offensait personnellement tout en piquant votre emballage de Tim Hortons. Pourquoi ? Parce que les rues du Québec sont un buffet 24 h/24 de poubelles débordantes, de débris de chantiers, de neige fondue mêlée à des liquides mystérieux, et le résidu éternel du regret de la poutine d’hier soir.
Le champ caché du Québec dont personne ne parle dans les brochures touristiques : la province est tellement remplie de merde et de détritus que même les oiseaux côtiers ont migré à l’intérieur des terres pour de meilleures perspectives de carrière.
Et tout comme les mouettes se sont adaptées à ce paradis urbain de déchets, les humains se sont adaptés à la version humaine :
- Vous êtes venu avec de l’amour → Déjà bloqué
- Vous êtes venu avec une collab musicale → Déjà bloqué
- Vous êtes venu avec une opportunité → Déjà bloqué
- Vous êtes venu avec un merci → Déjà 911
- Vous avez essayé d’obtenir une voiture → Déjà escroqué
- Vous avez essayé un job de camionneur → Déjà barrières d’assurance
- Vous avez essayé de vous former → Déjà CFTR a fait échouer toute la cohorte
Tout cela → Déjà juste pour être humain → Déjà au Québec
La mouette ne se plaint pas. Elle crie, fond, mange les déchets et continue de voler. C’est le code de survie du Québec, version humour noir : riez de l’absurdité ou l’absurdité rira de vous.
Alors la prochaine fois qu’une mouette vous vole des frites ou vous pisse dessus depuis le troisième étage, ne vous fâchez pas. Inclinez la tête. Ce n’est pas personnel. C’est une courtoisie professionnelle d’un charognard à l’autre.
Bienvenue au Québec. Les plages sont vides. Les rues sont pleines. Et les oiseaux sont arrivés en premier parce qu’ils savaient que le vrai menu n’était jamais sur le rivage.
Bon appétit. Ou ce qu’il reste dans la poubelle. 🗑️🪶
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