On 26 février 2026, une boulangerie familiale de Montréal, Lahmajoune Villeray, a publié une capture d’écran sur Instagram qui est rapidement devenue virale. L’image montre une lettre officielle datée du 19 février 2026, émanant de l’Office québécois de la langue française (OQLF) — l’agence provinciale d’application de la langue, souvent surnommée la « police de la langue ». La lettre informe l’entreprise qu’une plainte a été déposée à propos de leurs réseaux sociaux, notamment TikTok. Selon l’OQLF, « la majorité des publications » (photos, légendes, paroles prononcées dans les courtes vidéos) ne sont pas disponibles en français dans des conditions au moins équivalentes.

Ils exigent que la boulangerie « corrige la situation » en proposant des versions françaises aussi faciles d’accès que n’importe quelle autre langue. La légende de la boutique répond poliment : ils sont profondément ancrés dans la communauté montréalaise, le français fait partie de leur identité, et ils servent leurs clients avec fierté. Mais la photo de la lettre raconte la vraie histoire — une petite entreprise locale, fondée par des immigrants (produits de boulangerie arméniens‑syriens‑libanais à Villeray), entraînée dans un contrôle officiel pour la façon dont elle publie sur TikTok.

Ce n’est pas un cas isolé. C’est un exemple récent et parfait de pourquoi lancer ou gérer une entreprise au Québec est devenu un pari frustrant, coûteux et parfois ridicule.

La loi qui complique tout

La Charte de la langue française du Québec (Loi 101, 1977) imposait déjà le français comme langue principale des affaires. Mais la Loi 96 (adoptée en 2022 sous le premier ministre François Legault) l’a largement élargie. Elle couvre désormais explicitement :

  • Sites web
  • Publications sur les réseaux sociaux
  • Vidéos
  • Légendes
  • Même le contenu oral dans les vidéos courtes

La règle est simple sur le papier : si vous publiez quelque chose à visée commerciale dans une autre langue, vous devez fournir une version française au moins aussi visible, accessible et facile à trouver — même timing, même mise en avant, même portée algorithmique.

Pour TikTok, cela signifie : sous‑titres français sur chaque vidéo, versions doublées en français, publications ou carrousels séparés en français publiés simultanément. Les inspecteurs de l’OQLF contrôlent activement les comptes après une plainte. Aucun mandat n’est requis. Un seul signalement anonyme suffit pour recevoir une lettre officielle comme celle de la photo.

Les entreprises de 25 employés et plus doivent désormais mettre en place des programmes de « francisation ». Les amendes commencent à quelques centaines de dollars et augmentent rapidement. Le budget de l’OQLF a plus que doublé ces dernières années, le gouvernement voulant une application agressive.

Le vrai coût pour les entrepreneurs

Imaginez que vous êtes un petit commerçant qui tente de se développer sur les réseaux sociaux — le moyen le plus économique et le plus rapide d’atteindre les clients aujourd’hui. Chaque publication devient deux fois plus de travail. Filmer une fois, traduire, sous‑titrer, ré‑enregistrer l’audio, programmer deux versions.

Pour une boulangerie qui publie quotidiennement des vidéos de nourriture, cela représente des heures de travail supplémentaire chaque semaine. La traduction n’est pas gratuite. Traduction professionnelle française + voix off + montage s’additionnent rapidement, surtout si vous voulez que le résultat soit naturel et ludique (et non robotique).

La rapidité tue la créativité. TikTok vit des tendances qui ne durent que 24 à 48 heures. Attendre l’approbation de la traduction tue l’élan.

La peur des plaintes. N’importe qui peut vous signaler — un concurrent, un troll du clavier, ou simplement quelqu’un qui n’aime pas votre accent. Vous vous auto‑censurez en permanence.

Cette boulangerie opère depuis des années dans un quartier hyper‑divers de Montréal. Leur cuisine attire des personnes de tous horizons. Mais on leur dit maintenant que leur contenu naturel et authentique n’est pas « assez français ». Multipliez cela à des milliers de petites entreprises — restaurants, salles de sport, marques de vêtements, consultants, startups technologiques — et vous comprenez pourquoi tant d’entrepreneurs évitent discrètement le Québec ou « quittent en douceur » dès qu’ils grandissent.

Exemples récents : des détaillants ont cessé d’expédier certains produits au Québec parce que le re‑étiquetage ne vaut pas le coût. Des PDG du secteur technologique (plus de 170 ont signé une lettre ouverte en 2022) ont averti que la loi nuirait à l’économie. Les entreprises embauchent désormais hors de la province ou maintiennent des équipes à distance pour éviter les règles de francisation.

Pourquoi le Québec est un pari risqué

Les autres provinces canadiennes vous laissent opérer en anglais (ou dans la langue de vos clients). Le Québec impose le français en premier, toujours, partout — même dans les stories Instagram d’une boulangerie familiale. Vous obtenez :

  • Coûts d’exploitation plus élevés (traduction, double contenu, revues juridiques)
  • Croissance plus lente (friction marketing)
  • Surveillance gouvernementale constante
  • Risque de honte publique si l’histoire devient virale (ironiquement, le post de la boulangerie sur la lettre a reçu bien plus d’attention que leurs contenus culinaires habituels)

La province aime parler de sa « culture unique », mais l’effet pratique est de chasser les talents, les investisseurs et les jeunes entrepreneurs dynamiques qui veulent simplement vendre de bons produits, vêtements ou applications sans remplir des formulaires en français.

Même les entreprises qui souhaitent respecter le français se retrouvent prises dans la bureaucratie. La lettre de la photo n’était pas encore une amende, mais c’est un avertissement qui fait perdre du temps et crée du stress.

En bref

Si vous envisagez de créer une entreprise, demandez‑vous : « Est‑ce que je veux passer mes journées à me demander si ma vidéo TikTok a une « accessibilité française équivalente » ? » Le Québec possède de belles villes, une excellente gastronomie et des clients fidèles — tant que le gouvernement reste en retrait. Mais la main lourde de l’OQLF transforme ce qui devrait être une aventure entrepreneuriale créative en un champ de mines réglementaire.

Lahmajoune Villeray se conformera probablement, publiera davantage de contenu en français et continuera à cuire. Bien pour eux. Mais pour les milliers d’autres aspirants fondateurs qui suivent cette histoire, le message est clair et fort : créer une entreprise au Québec ne vaut pas la peine du tracas.

Allez‑vous installer ailleurs, où vous pourrez réellement vous concentrer sur les clients plutôt que de combattre la police de la langue.